L’Afrique demeure la région du monde où les incidents liés à la manutention des bagages sont les plus fréquents dans le transport aérien. Selon le rapport SITA 2026 Baggage IT Insights, publié le 29 juin par la Société internationale de télécommunications aéronautiques (SITA), le continent enregistre en moyenne 12,1 bagages mal acheminés pour 1 000 passagers, soit un niveau largement supérieur à la moyenne mondiale établie à 4,9 bagages pour 1 000 passagers.
Ce ratio dépasse également les performances observées dans les autres régions du monde, notamment l’Asie-Pacifique (3,41 bagages pour 1 000 passagers), le Moyen-Orient (5) et l’Europe (10,5). Le rapport précise que cette situation est principalement liée à la complexité des liaisons internationales desservant le continent, qui impliquent souvent plusieurs compagnies aériennes, aéroports et prestataires de manutention. Ces multiples correspondances augmentent considérablement les risques de retards, de pertes ou de dommages des bagages par rapport aux vols directs.
Les données montrent que les vols internationaux au départ ou à destination de l’Afrique enregistrent en moyenne 15 bagages mal acheminés pour 1 000 passagers, contre 12,7 en Europe et 5,3 au Moyen-Orient ainsi qu’en Asie-Pacifique. En revanche, les vols domestiques africains affichent un taux nettement plus faible de 1,8 bagage mal acheminé pour 1 000 passagers, un niveau proche de la moyenne mondiale de 1,65 et inférieur aux taux relevés en Europe (3,8) et au Moyen-Orient (2,7).
Pour la SITA, ces résultats démontrent que les principales difficultés ne concernent pas les liaisons intérieures africaines, mais les opérations internationales caractérisées par des correspondances multiples, des contraintes de capacité, des infrastructures aéroportuaires parfois vieillissantes et un niveau encore insuffisant d’investissements dans les technologies de suivi des bagages.
Le rapport indique par ailleurs que chaque bagage mal acheminé coûte en moyenne 280 dollars aux opérateurs africains, contre 260 dollars à l’échelle mondiale. Ce coût demeure toutefois inférieur à celui enregistré en Europe et en Amérique du Nord, où il atteint 295 dollars par bagage, ainsi qu’en Océanie (290 dollars).
Malgré ce constat, la SITA estime que le continent dispose d’importantes marges de progression grâce à l’adoption de solutions technologiques telles que le suivi de bout en bout des bagages, le partage de données en temps réel, les technologies biométriques et les systèmes prédictifs fondés sur l’intelligence artificielle.
L’entreprise souligne que les fondements de cette transformation sont déjà en place. Plus de la moitié des bagages transportés dans le monde sont désormais suivis conformément à la résolution 753 de l’Association du transport aérien international (IATA), qui impose leur traçabilité à chaque étape du parcours, avec un objectif de conformité totale fixé à 2027.
Les innovations déployées ces dernières années produisent déjà des résultats significatifs. L’intégration de la fonctionnalité « Find My » d’Apple au système de traçage « SITA WorldTracer » a permis de réduire de 90 % le nombre de bagages définitivement perdus dès la première année d’utilisation et de diminuer de 26 % le délai de récupération des bagages retardés. Plus récemment, la SITA a également intégré la fonctionnalité « Find Hub » de Google à sa plateforme WorldTracer afin de faciliter le partage des informations de localisation des bagages.
À l’échelle mondiale, la transformation numérique du secteur s’accélère. Trois compagnies aériennes sur quatre prévoient d’investir dans des solutions d’intelligence artificielle au cours des deux prochaines années, tandis qu’une sur deux envisage d’offrir à ses passagers un suivi en temps réel de la localisation de leurs bagages.
«La gestion des bagages passe d’un problème logistique à un service numérique. Les passagers s’attendent à savoir où se trouve leur bagage à tout moment. La prochaine étape consiste à déployer la technologie dont nous disposons déjà à chaque correspondance, chez chaque prestataire de services de manutention et dans chaque aéroport », a déclaré Nicole Hogg, directrice du portefeuille Bagages à la SITA.
Le directeur général de la SITA, David Lavorel, estime pour sa part que les technologies numériques constituent désormais un levier essentiel pour améliorer les performances des plateformes aéroportuaires. « Les aéroports fonctionnent chaque année à la limite de leurs capacités physiques, et la solution ne réside pas toujours dans l’agrandissement des infrastructures. Les données, l’IA et les opérations prédictives nous permettent de tirer le meilleur parti des aéroports existants », a-t-il affirmé.
Le rapport révèle enfin que les erreurs de manutention des bagages ont coûté 6,3 milliards de dollars à l’industrie mondiale du transport aérien en 2025. Bien que ce montant soit en baisse de 17 % par rapport à 2024, il représente encore près de 15 % des bénéfices générés par l’ensemble du secteur.
Edouard Funda

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