29 avril 2026

Posture d'Afrique

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Page d’histoire-Kurukan Fuga : l’Afrique n’a pas attendu pour penser la liberté

Dans le tumulte des débats contemporains sur la gouvernance, les droits humains et l’État de droit en Afrique, une vérité essentielle est souvent reléguée au second plan : le continent n’a pas attendu les modèles importés pour organiser la société, encadrer le pouvoir et protéger la dignité humaine.

En 1236, bien avant nombre de constitutions modernes, la Charte de Kurukan Fuga posait déjà les bases d’un ordre politique structuré. Proclamée sous l’autorité de Soundiata Keïta après la bataille de Kirina, cette charte fondatrice de l’Empire du Mali n’était pas un simple pacte de circonstance. Elle incarnait une vision du vivre-ensemble, profondément enracinée dans les réalités africaines.

Ce texte, transmis par la tradition orale, organisait la société, régulait les rapports entre les clans, protégeait les plus vulnérables et consacrait des principes essentiels : respect de la vie, solidarité, justice sociale. Autrement dit, ce que nous appelons aujourd’hui « droits fondamentaux » n’était pas une importation, mais une construction africaine.

À l’heure où certains discours persistent à présenter l’Afrique comme un espace en quête de repères institutionnels, la Charte de Kurukan Fuga rappelle avec force que le continent possède ses propres racines juridiques et politiques. Elle interroge aussi nos choix actuels : pourquoi continuer à calquer des modèles souvent inadaptés, quand notre histoire offre des références solides, légitimes et éprouvées ?

Certes, il ne s’agit pas de romantiser le passé ni de plaquer mécaniquement un texte du XIIIᵉ siècle sur des États modernes. Mais il est temps de reconnaître que la modernité africaine ne peut se construire durablement qu’en assumant son héritage. La légitimité des institutions ne se décrète pas ; elle se nourrit de l’histoire, de la culture et des valeurs partagées.

La reconnaissance par l’UNESCO de cette charte comme patrimoine immatériel de l’humanité n’est pas un simple symbole. C’est une invitation à revisiter notre mémoire collective, à réhabiliter des références longtemps marginalisées, et à réconcilier tradition et modernité.

Dans un contexte où les crises de gouvernance fragilisent encore plusieurs États africains, le message de Kurukan Fuga reste d’une étonnante actualité : une société forte repose d’abord sur un pacte moral, une responsabilité partagée et un respect mutuel.

Peut-être est-il temps, non pas de revenir en arrière, mais de regarder plus lucidement d’où nous venons pour mieux décider où aller.

Edouard Funda

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