9 août 2026

Posture d'Afrique

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DRC Mining Week : deux décennies d’impact au cœur de l’industrie minière congolaise

Dans une interview exclusive accordée à Posture d’Afrique Magazine, le Directeur des Événements Secteur minier au sein du VUKA Group, Samukelo Madlabane, est revenu sur les ambitions stratégiques du Forum DRC Mining Week, l’un des principaux rendez-vous dédiés à l’industrie extractive en République démocratique du Congo.
À cette occasion, ce responsable de VUKA Group a également dressé le bilan de cet Agora de référence, vingt ans après son lancement, mettant en avant son rôle dans le développement des investissements, des partenariats et du dialogue autour du secteur minier congolais.

 

Ci-dessous, l’intégralité de l’interview

 

Vingt ans après son lancement, quel bilan global faites-vous de la DRC Mining Week en termes d’impact sur le secteur minier congolais?

Vingt ans après son lancement, la DRC Mining Week est devenue bien plus qu’un rendez‑vous annuel. Elle s’est imposée comme une plateforme stratégique de dialogue, d’investissement, de développement de partenariats et de structuration du secteur minier en RDC.

Son impact réside dans sa capacité à réunir en un même lieu les pouvoirs publics, les opérateurs miniers, les investisseurs, les fournisseurs, les institutions financières, les entreprises technologiques, les acteurs locaux ainsi que les partenaires internationaux. Au fil des années, elle a contribué à positionner la RDC non seulement comme un producteur majeur de cuivre et de cobalt, mais aussi comme un pays central dans les discussions mondiales sur les minéraux critiques.

Pour le secteur minier congolais, le forum a joué un rôle important en renforçant la visibilité du pays, en favorisant le dialogue public‑privé et en créant des opportunités de collaboration autour des infrastructures, de l’énergie, du contenu local, de l’ESG, de l’industrialisation et de l’exploitation minière responsable.

Quels ont été les principaux résultats tangibles du forum, notamment en matière d’investissements, de partenariats et de réformes?

Les résultats les plus tangibles sont les relations et partenariats noués grâce à cette plateforme. La DRC Mining Week met régulièrement en relation des investisseurs avec des porteurs de projets, des sociétés minières avec des fournisseurs, et les institutions publiques avec le secteur privé.

Le forum a soutenu des discussions autour des investissements liés à l’expansion minière, à l’approvisionnement en énergie, au développement des infrastructures, aux corridors logistiques, à l’adoption de technologies et à la transformation locale. Il offre également un cadre où les réformes, priorités politiques et mises à jour réglementaires peuvent être débattues directement entre le gouvernement et l’industrie.

Même si l’événement n’applique pas lui‑même les réformes, il crée un environnement propice à la confiance, à l’expression des défis et à l’élaboration de solutions par le dialogue.

Peut-on dire que le forum a contribué à améliorer la gouvernance et la transparence du secteur minier en RDC ? Si oui, comment?

Oui, je pense qu’il y a contribué, en particulier en créant un espace neutre et crédible de dialogue ouvert.La gouvernance et la transparence s’améliorent lorsque les parties prenantes peuvent échanger directement, poser des questions sensibles et écouter les gouvernements, les opérateurs, la société civile, les investisseurs et les experts techniques dans un même cadre. La DRC Mining Week a encouragé des discussions plus structurées autour de la clarté réglementaire, de l’approvisionnement responsable, de la traçabilité, de l’ESG, du contenu local et de l’impact communautaire.

Ce n’est pas un substitut aux réformes politiques, mais c’est une plateforme essentielle qui soutient la redevabilité, la visibilité et la collaboration.

Quels sont les principaux défis rencontrés dans l’organisation et la pérennisation de cet événement au fil des années?

Organiser un événement de cette envergure en RDC comporte de véritables défis. La logistique, les infrastructures, l’accessibilité des déplacements, la coordination des prestataires, les exigences linguistiques, les perceptions en matière de sécurité et les cycles économiques ont tous un impact. Un autre défi majeur est de maintenir la pertinence de l’événement. Le secteur minier évolue rapidement, et le programme doit constamment s’adapter aux réalités du marché, qu’il s’agisse des pénuries d’énergie, des goulets d’étranglement infrastructurels, des minéraux critiques, de l’ESG, du financement ou de la transformation locale. Maintenir l’événement pendant 20 ans a nécessité des partenariats solides, une connaissance approfondie du contexte local, un engagement des pouvoirs publics, la confiance du secteur privé et une capacité permanente de réinvention.

Comment le forum s’adapte‑t‑il aux évolutions du marché mondial des minéraux stratégiques, notamment le cobalt et le cuivre?

La DRC Mining Week s’adapte en veillant à ce que son programme reflète les dynamiques mondiales et régionales qui façonnent la demande en minéraux. Le cuivre et le cobalt ne sont plus de simples matières premières : ce sont des minéraux stratégiques liés à la transition énergétique, à l’électrification, aux technologies de batteries, aux infrastructures et aux politiques industrielles. Le forum se concentre donc sur l’ensemble de la chaîne de valeur, incluant l’exploration, la production, la transformation, l’énergie, la logistique, le financement, l’approvisionnement responsable et les opportunités en aval. Nous intégrons également des perspectives internationales afin de positionner la RDC non seulement comme fournisseur de minerais, mais comme partenaire stratégique de la transition énergétique mondiale.

Quel rôle est accordé aux acteurs locaux tels que les PME, les coopératives minières et les entrepreneurs congolais?

La participation locale est essentielle. La DRC Mining Week doit avant tout servir le marché congolais. Le forum permet aux acteurs locaux d’accéder aux décideurs, acheteurs, investisseurs, sociétés minières et institutions publiques. Les PME, prestataires de services, sous‑traitants et entrepreneurs congolais peuvent y présenter leurs capacités, comprendre les besoins en matière d’achats, nouer des relations et se positionner au sein de la chaîne de valeur minière. Il reste encore du travail à accomplir, mais le contenu local, le développement des compétences, le développement des fournisseurs et l’entrepreneuriat occupent une place de plus en plus centrale dans l’événement.

La DRC Mining Week répond‑elle suffisamment aux attentes des communautés locales affectées par les activités minières?

Ces questions sont abordées, mais il faut être honnête : il est toujours possible de faire davantage. Les attentes des communautés en matière d’emplois, d’infrastructures, de protection de l’environnement, d’achats locaux, de développement des compétences et d’investissements sociaux sont légitimes. La DRC Mining Week offre une tribune pour porter ces sujets et les intégrer aux discussions avec les pouvoirs publics et l’industrie. L’étape suivante consiste toutefois à renforcer la présence des voix communautaires, des organisations de développement local et des échanges axés sur l’impact, afin que les bénéfices pour les communautés ne soient plus considérés comme secondaires, mais comme un indicateur central de la réussite minière.

Comment évaluez‑vous la participation du gouvernement congolais à cette plateforme au cours des 20 dernières années?

La participation du gouvernement congolais est l’un des piliers les plus solides de la DRC Mining Week.

Au fil des ans, les dirigeants gouvernementaux, les ministères, les autorités provinciales et les institutions publiques ont utilisé la plateforme pour dialoguer directement avec le secteur privé et les partenaires internationaux. Cette implication a renforcé la crédibilité du forum et permis d’aligner les discussions sur les priorités nationales.

Pour que la plateforme conserve son impact, l’engagement continu du gouvernement reste essentiel, notamment sur les réformes, les conditions d’investissement, les infrastructures, l’énergie, le contenu local et l’industrialisation.

Quelles innovations ou réformes souhaiteriez‑vous introduire lors des prochaines éditions afin de renforcer l’impact du forum?

Nous souhaitons que les prochaines éditions soient davantage orientées vers des résultats concrets. Cela implique des rencontres mieux ciblées, davantage de sessions axées sur l’investissement, une plus grande participation des PME locales, des dialogues plus structurés entre le gouvernement et l’industrie, ainsi qu’un suivi plus clair après l’événement. Nous voulons également renforcer les plateformes dédiées à l’énergie, aux infrastructures, à la transformation locale, à l’approvisionnement responsable, à la jeunesse, au développement des compétences et aux corridors commerciaux régionaux. L’objectif est que la DRC Mining Week ne se limite pas à créer des échanges, mais qu’elle accélère des partenariats concrets et des progrès mesurables.

Dans le contexte de la transition énergétique mondiale, quelle stratégie le forum propose‑t‑il pour positionner la RDC comme un acteur clé?

La stratégie consiste à positionner la RDC comme bien plus qu’un simple fournisseur de matières premières.La RDC dispose des ressources dont le monde a besoin, mais la véritable opportunité réside dans la montée en gamme au sein de la chaîne de valeur. Cela implique d’attirer des investissements dans la transformation, l’énergie, les infrastructures, la logistique, les compétences, la technologie et le développement industriel. La DRC Mining Week soutient cette vision en connectant la RDC à des investisseurs mondiaux, des partenaires techniques et des décideurs politiques capables de contribuer à la construction d’une économie minière plus intégrée et compétitive. Le message est clair : la RDC ne doit pas seulement participer à la transition énergétique, elle doit contribuer à la diriger.

Quels sont aujourd’hui les principaux obstacles à l’attractivité du secteur minier congolais, malgré ses importantes ressources naturelles?

La RDC dispose d’une richesse minérale exceptionnelle, mais l’attractivité ne dépend pas uniquement de la géologie. Les principaux défis incluent les pénuries d’énergie, les déficits d’infrastructures, les coûts logistiques, l’incertitude réglementaire, l’accès au financement, les perceptions de risque, les préoccupations sécuritaires dans certaines zones, ainsi que le besoin de renforcer les compétences locales et la capacité des fournisseurs. Ces défis sont surmontables, mais ils nécessitent une action coordonnée entre l’État, l’industrie, les investisseurs et les partenaires au développement. C’est précisément pourquoi des plateformes comme la DRC Mining Week restent essentielles.

Comment le forum contribue‑t‑il à la promotion d’une exploitation minière responsable et durable?

L’exploitation minière responsable est désormais au cœur de l’avenir du secteur. La DRC Mining Week promeut cette approche en inscrivant à son agenda l’ESG, la traçabilité, l’impact communautaire, la responsabilité environnementale, la santé et la sécurité, le contenu local et la gouvernance. Elle réunit également les acteurs nécessaires pour passer du dialogue à la mise en œuvre. La durabilité doit être pragmatique. Elle doit inclure une production responsable, mais aussi la création d’emplois, la croissance des entreprises locales, le développement communautaire et des bénéfices infrastructurels à long terme.

Quelles sont les perspectives pour les dix prochaines années de la DRC Mining Week ? Peut‑on s’attendre à une transformation majeure de son format ou de ses objectifs?

Les dix prochaines années seront placées sous le signe d’un impact renforcé. La DRC Mining Week demeurera la principale plateforme minière en RDC, mais son rôle s’élargira. Le format futur sera probablement plus ciblé, plus stratégique et plus orienté vers les résultats, avec des plateformes d’investissement renforcées, des tables rondes de haut niveau, des forums sectoriels spécialisés et une participation régionale et internationale accrue.L’objectif restera clair : soutenir la croissance du secteur minier congolais. Mais l’ambition sera plus grande encore, contribuer à positionner la RDC comme un pôle mondial des minéraux critiques, du développement industriel et du leadership responsable des ressources naturelles.

 

Propos recueillis par Edouard Funda

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