La République démocratique du Congo (RDC) s’apprête à franchir une nouvelle étape dans la valorisation de ses ressources minières. Déjà reconnue comme l’un des principaux producteurs mondiaux de cuivre, de cobalt et de coltan, elle envisage désormais d’intégrer le lithium à la liste de ses substances minérales stratégiques, à la veille de la mise en exploitation de sa première mine industrielle de ce métal.
Réuni le 29 mai dernier, le Conseil des ministres a adopté un projet de décret prévoyant l’élargissement de la liste nationale des minerais stratégiques. Cette initiative intervient alors que le projet de lithium de Manono, développé par le groupe chinois Zijin Mining, devrait entrer en production dès juin 2026, marquant ainsi le début de l’exploitation industrielle du lithium en RDC.
Selon le compte rendu du Conseil des ministres, cette réforme tient compte de « l’évolution des marchés internationaux des matières premières critiques » ainsi que de l’importance croissante de certaines substances dans les chaînes de valeur stratégiques, les technologies émergentes et le secteur énergétique. Le gouvernement entend ainsi renforcer les retombées économiques liées au caractère critique et géostratégique de ces ressources.

Un levier fiscal pour l’État
Jusqu’à présent, la catégorie des substances minérales stratégiques comprenait le cobalt, le germanium et le coltan, conformément au Code minier de 2018. Le nouveau texte prévoit d’y ajouter le lithium, mais également le tantale, le niobium, le tungstène, l’uranium et les terres rares.
Cette reclassification pourrait avoir d’importantes conséquences fiscales. En effet, les minerais stratégiques sont soumis à une redevance de 10 %, contre 3,5 % pour les métaux de base et non ferreux. Une telle mesure permettrait à l’État congolais d’accroître sa part des revenus générés par l’exploitation de ces ressources.
Manono, un projet clé pour l’industrie du lithium
À ce stade, aucun opérateur minier concerné n’a encore officiellement réagi à cette évolution réglementaire. Le projet Manono, dont le coût de développement est estimé à près d’un milliard de dollars américains, devrait traiter environ 500 000 tonnes de concentré de spodumène afin de produire chaque année plus de 95 000 tonnes de sulfate de lithium.
Au-delà de Zijin Mining, d’autres acteurs suivent de près l’évolution du cadre réglementaire congolais. C’est notamment le cas de la société américaine KoBold Metals, engagée dans des campagnes d’exploration visant à identifier de nouveaux gisements de lithium sur le territoire national.
Plusieurs minerais également concernés
Outre le lithium, le projet de décret vise d’autres substances à fort potentiel stratégique. Toutefois, parmi celles-ci, seuls le tantale, la wolframite principal minerai du tungstène et la monazite, utilisée pour l’extraction des terres rares, figurent actuellement parmi les productions minières recensées en RDC en 2025.
Avec cette réforme, Kinshasa affiche sa volonté de mieux positionner le pays dans la compétition mondiale autour des minerais critiques, devenus indispensables à la transition énergétique et aux technologies du futur.
Edouard Funda

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