DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE: Bernadine Sikwaya déplore l’impact du climat sur l’agriculture

Par Saint-Germain Ebengo

Bernardine Sikwaya est écrivaine de la littérature verte et agricultrice ”nord-kivucienne” triplée d’ingénieure agronome, fruit de l’UNIGOM, sigle pour ”Université de Goma”, où elle a fini après défense, avec très haute distinction, d’un mémoire intitulé :
Analyse de la séquestration de carbone des plantes fourragères de Kibumba, territoire de Nyiragongo au Nord Kivu.

Lors d’une interview qu’elle nous a fait l’honneur de nous accorder à la veille du début de la saison festive 2025-2026, madame l’agronome s’est préoccupée du dérèglement climatique qui prévaut à l’heure actuelle dans le monde et a déploré en même temps son impact sur l’agriculture, domaine de sa prédilection.

”Il est urgent de replacer l’agriculture au cœur des débats climatiques, non pas comme problème, mais plutôt comme solution. Car dans chaque semence bien choisie, dans chaque forêt restaurée, dans chaque paysanne formée, il y a une promesse de résilience”, a-t-elle réagi en guise de réponse à notre question phare qui est allée dans cet ordre d’idées.

”L’agronomie n’est pas seulement une science du sol. C’est en plus une science des liens : lien entre le climat et la vie ; lien entre les savoirs et les vies futurs”, dixit Bernardine Sikwaya qui explicite : ”entre l’agronomie et le climat, il y a un lien vital”.

Partant de l’idée selon laquelle l’agriculture est la fille de prédilection du climat, madame l’ingénieure n’a pas manqué de mots pour déplorer le fait que, jusqu’à ce jour, aucune technologie ne permet de créer un climat artificiel à grande échelle, lequel aurait aidé dans la plantation, par exemple, des palmiers à huile sur un sol situé sous un climat chaud et humide. Elle a, à cet effet cité, en guise d’illustration, le cas de la ville de Goma.

”Si l’on ne produit pas par exemple des palmiers à huile à Goma, c’est parce que cette plante exige un climat chaud et humide, typique des basses altitudes, conditions que le climat doux et tempéré de Goma ne peut offrir. Voilà donc la réalité physiologique des cultures, une vérité que tout agronome connaît à la lettre”, parole de l’ingénieure.

Foi sur ses propos, il n’y a que le climat qui dicte ce que nous pouvons cultiver, et où nous pouvons le faire.

Voilà ce qui justifie le fait pour une agriculture mal pratiquée d’être un agent causal à la fois de la destruction de l’environnement et de l’accélération du dérèglement climatique.

”L’agriculture sur brûlis, par exemple, libère d’importantes quantités de gaz à effets de serre, affaiblit la couche d’ozone et alimente le réchauffement global. Ce qui nourrit aujourd’hui peut, s’il est mal orienté, être un facteur destructeur demain”, a-t-elle éclairci.

La mwanamuke de Goma, s’est à cet effet, en sa qualité d’agronome, donné le devoir de s’engager désormais dans l’intensification de campagne de prises de parole, la sensibilisation, la formation et, surtout, la promotion d’une agriculture qui soit à la fois durable et respectueuse de l’environnement et des savoirs locaux.

”Dans les systèmes agroforestiers, nous devons analyser, choisir les essences, celles qui séquestrent le plus de carbone, et les intégrer de façon intelligente. C’est ainsi que nous devons décider de lutter de façon efficace contre le changement climatique”, a-t-elle affirmé.

Au sujet de ses homologues femmes rurales, qu’elle définit dans son livre intitulé ”Portrait des femmes paysannes congolaises”, comme étant les piliers de la résilience climatique, Bernadine Sikwaya n’a pas été à court de mots pour vanter la résilience de ces dernières, surtout face aux défis du changement climatique.

”Les changements climatiques bouleversent profondément les activités agricoles : Sécheresses prolongées, pluies torrentielles, saisons imprévisibles”, a-t-elle signifié, appui sur les colonnes du livre ci-haut évoqué, avant de parler de ces aléas climatiques comme ayant pour effet direct, celui de menacer la production agricole et, par ricochet, la sécurité alimentaire des communautés.

”Face à ces défis, les femmes rurales continuent à faire preuve d’une résilience admirable. Elles innovent, s’adaptent, inventent. Elles adoptent des pratiques agricoles durables, cultivent des variétés résistantes, créent des jardins potagers pour nourrir leurs familles. Elles diversifient les cultures, pratiquent l’agroforesterie, expérimentent la culture biologique”, a-t-elle témoigné et a situé ces stratégies, qui leur permettent de renforcer la productivité de leurs exploitations, parmi les modèles inspirateurs en faveur d’autres agriculteurs.

”Ainsi, elles diffusent dans leurs communautés une agriculture plus durable, plus résiliente et plus juste”, a-t-elle révélé.

C’est dans cet ordre des choses qu’elle les a priées toutes de bien vouloir continuer à se positionner toujours en première ligne en vue de mieux s’adapter aux situations.

Pour Bernardine Sikwaya, l’environnement, c’est la science des mères.

”La terre parle et les femmes écoutent et lui répondent par l’entremise de leur semence des champs. J’appelle cela la science des mères”, a-t-il souligné comme pour évoquer la capacité
qu’ont les femmes rurales de connaître, sans avoir besoin de lire les bulletins météo ni ”celui de se tromper”, le moment exact de la pluie, l’heure exacte du besoin de la terre en eau ainsi que celle à laquelle va intervenir la semence.

”Elles pratiquent une agriculture de la patience, de la mémoire et de la transmission. Elles savent que le manioc ne pousse pas dans les bruits, que le haricot a besoin d’un silence absolu”, a-t-elle relevé en parlant en même temps de ces savoirs comme n’ayant rien de folklorique.

”Ils sont stratégiques, au point qu’ils sont notre première ligne de défense face au changement climatique”, a-t-elle reconnu en plus de déplorer leur non-prise en compte par les autorités étatiques du pays dans leurs politiques et budgets.

Originaire de Goma, Bernardine Sikwaya habite à l’heure actuelle à Kinshasa, en provenance de plusieurs villages de l’est de la République Démocratique du Congo où elle a réussi à explorer toutes ces terres où ces femmes agricultrices, l’a-t-elle témoigné, portent haut la vie.

”Aujourd’hui, je vous invite à écouter avec moi leurs voix et à les entendre non comme de simples murmures du passé, mais, plutôt comme des semences d’avenir”, l’avait-elle dit, se rappelle-t-on, lors de la présentation de son livre, évoqué ci-haut, durant les festivités de la rentrée littéraire 2025 à la Délégation Wallonie Bruxelles de Kinshasa.


Bernardine Sikwaya est, en sa qualité d’agricultrice, patronne de l’entreprise MALISHO BORA, une raison sociale d’origine swahili qui veut dire bonne alimentation. MALISHO BORA est une entreprise basée à Goma où elle est spécialisée dans la fabrication des confitures et des purées de tomate.

Elle est dans le même ordre des choses fondatrice et présidente nationale de l’ONGD La Voix des Paysans.

Madame Bernardine fait de l’agriculture à la fois son gagne-pain, la matière d’exploitation pour ses ouvrages ainsi que, comme David Ricardo(économiste anglais), le lieu de sa recherche de l’intérêt général pour le compte de toute la République Démocratique du Congo.

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