RDC : l’arrestation d’Aubin Minaku, un signal troublant à l’heure du dialogue inclusif
L’arrestation nocturne de l’honorable Aubin Minaku, ancien président de l’Assemblée nationale et figure majeure de l’opposition congolaise, ne peut être analysée comme un simple épisode judiciaire. Elle soulève, avec une acuité particulière, la question du respect de l’État de droit, au moment précis où la République démocratique du Congo se trouve à la croisée de défis majeurs, notamment la guerre persistante dans sa partie orientale.
À Posture d’Afrique, nous rappelons que la solidité d’un État ne se mesure pas à la démonstration de la force, mais à la cohérence de son action politique et à la crédibilité de ses institutions. Les conditions entourant l’interpellation de M. Minaku intervention nocturne, déploiement sécuritaire massif, absence de communication judiciaire claire alimentent une inquiétude légitime au sein de l’opinion nationale et de la communauté africaine.
Cette inquiétude est d’autant plus fondée que le pays est engagé, sous la pression des événements dans l’Est, dans une dynamique de réflexion autour d’un dialogue politique inclusif, présenté comme l’un des leviers pour restaurer la cohésion nationale face à l’agression, à l’insécurité chronique et à la souffrance des populations civiles du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri.
Or, aucun dialogue crédible ne peut émerger dans un climat de rétrécissement de l’espace politique. La guerre à l’Est exige l’unité nationale, la mobilisation de toutes les intelligences et la participation de toutes les forces politiques et sociales, sans exclusion ni intimidation. Toute action perçue comme une mise sous pression de l’opposition fragilise, de fait, la sincérité du processus de concertation annoncé.
Le Cadre de concertation des forces politiques et sociales évoque une dérive autoritaire et une instrumentalisation des forces de sécurité. Ces accusations, qu’elles soient contestées ou non par le pouvoir, imposent une réponse institutionnelle claire. Car une justice rendue dans l’opacité ou sous le sceau de la coercition ne peut servir de socle à la paix intérieure, encore moins à la résolution durable du conflit armé dans l’Est.
Il ne s’agit pas de conférer une immunité politique à quiconque. La reddition des comptes demeure un principe fondamental. Mais elle ne saurait être dissociée du respect strict des garanties constitutionnelles et des libertés publiques. Une justice sélective ou perçue comme telle nourrit la méfiance, polarise la classe politique et détourne l’attention des véritables urgences nationales.
Aujourd’hui, la RDC fait face à une équation délicate : vaincre l’insécurité à l’Est tout en préservant la démocratie à l’Ouest. L’une ne peut être sacrifiée au nom de l’autre. L’histoire africaine enseigne que les États qui ont choisi de restreindre les libertés au nom de la sécurité ont souvent perdu les deux.
Posture d’Afrique estime que la réussite du dialogue inclusif, présenté comme une réponse politique à la guerre de l’Est, passe nécessairement par des gestes d’apaisement, la garantie des droits des acteurs politiques et la fin de toute confusion entre sécurité nationale et règlement de comptes internes.
La paix ne se construit pas par la peur. Elle se bâtit par la confiance, la justice et l’inclusion.
L’Afrique observe. Le peuple congolais jugera.