13 mars 2026

Posture d'Afrique

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CWB/Février, mois de la langue maternelle : Nixon Mukoko, initiateur d’un wikipedia en langues nationales congolaises en cours d’approbation

Par Saint-Germain Ebengo

Le 21 février, il a été célébré dans toute l’Afrique, sous l’initiative de l’UNESCO, la journée internationale des langues maternelles.

À Kinshasa, cette célébration a eu lieu durant deux jours : le 20 dans l’auditorium du centre Wallonie Bruxelle et le 21, à la bibliothèque et sur la cour de la Délégation qui porte le même nom, avec en exergue le tshiluba, langue de l’unité kassaïenne.

Nixon Mukoko, formateur certifié pour
l’apprentissage du wikipedia en classe, doublé de coordonnateur et initiateur de wikilinguila, a été parmi ceux qui ont été sur la table des orateurs. Il était question pour lui de procéder à la présentation de sa plateforme ci-haut évoquée, à savoir le Wilkilinguila, qu’il a définie être un outil pour la diversité linguistique.

Via sa mise en place de cette plateforme, l’objet pour lui, à l’en croire, est de permettre à ses co-locuteurs congolais de passer l’étape de simples consommateurs pour devenir enfin des producteurs de contenus sur le web.

 »Reste à établir un programme bien adapté qui va nous aider dans ce sens et qui va nous conduire jusqu’à ce que nous maîtrisions nos propres langues et que, au niveau international, nous puissions leur accorder à la fois leur place et leur visibilité comme il se doit, car, dit-on, chaque langue compte », a-t-il signifié avant d’éclaircir :

 »Il est temps que nos langues puissent trouver leur place dans l’espace numérique mondial. »

C’est à ce titre que, à l’heure actuelle, il a pris l’option de s’engager dans une campagne qu’il a dénommée  »Campaign for mother tongues », ce qui signifie en Français : Campagne pour les langues maternelles,  »ex-wiki na monoko na biso », qu’il a soulignée être une campagne initiée par Wililinguila et qui est à l’heure actuelle adoptée par d’autres campagnes wikimédia, à l’échelle mondiale.

Son évaluation de l’évolution de la dite campagne lui a valu de constater un désintéressement total de la part de la République Démocratique du Congo.

 »Nous avons eu à mobiliser d’autres communautés du monde entier qui se retrouvent dans le mouvement wikimédia et qui ont réussi à intégrer cette campagne même dans leurs programmes. Il n’y a qu’en RDC où l’on ne remarque pas cette importance, alors que le but était à la fois de donner de la visibilité, de réduire l’écart et de combler ce vide qui a longtemps existé entre des millions d’articles qui ont été édités en anglais et en français et ceux de la part de nous autres Congolais qui n’avons jusqu’ici que quelques mille articles sur nos différents wikipédias », a-t-il déploré.

À l’écouter de très près, l’idée était de donner de la visibilité via l’augmentation du nombre des contributions congolaises, mais aussi de permettre à ce que chaque Congolais puisse trouver dans sa propre langue n’importe quelle information trouvable ailleurs à travers des langues étrangères.

Foi sur ses propos, la mutation de  »wiki na monoko na biso », qui a été mis en place en 2024, vers  »wiki for mother tongues » se justifie par la primauté de l’anglais comme première langue internationale du monde.

 »Nous remarquons qu’il y a des informations dans d’autres langues étrangères mais qui ne sont pas accessibles dans nos langues locales et il a fallu donc traduire ces informations vers nos langues nationales : le lingala, le tshiluba, le kikongo et le swahili, de sorte que chaque fois qu’il y a des informations ailleurs dans des langues étrangères, que ces informations soient aussi disponibles dans les nôtres », un éclaircissement signé Nixon Mukoko qui poursuit :

« Il s’agit par exemple de traduire l’anglais directement à partir de nos langues maternelles et non via une langue intermédiaire, comme, dans le cas d’espèce, le français.

 »C’est pourquoi nous avons proposé à ce que ce format-là d’apprentissage soit adapté par rapport à la langue que la personne maîtrise le mieux.
Normalement, il faudrait qu’il y ait des colloques et des réunions de sorte qu’on se mette ensemble autour d’une même table de discussion pour que l’on voie de quelle manière intégrer nos langues nationales », a-t-il éclairé avant de renchérir :

« Voilà donc ce qui nous a amenés à penser à mettre en place le présent wikilinguila, en d’autres termes, le wiki for mother tongues ».

CHARLES KABONGO PRÉCONISE L’INSTITUTIONNALISATION EN LANGUES NATIONALES DE TOUTES LES LANGUES MATERNELLES DE LA RDC
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Charles Kabongo, directeur de publication honoraire du journal  »Éveil »,du feu Kasonga Tshilunde, et à l’heure actuelle chercheur à l’ISP/Gombe, a été parmi ceux qui ont eu voix au chapitre dans cette instance de prise de parole relative à cette grande journée des langues maternelles d’Afrique.

Son exposé, il l’a axé sur son vœu de voir institutionnalisées, chacune à son juste titre et valeur, toutes les langues maternelles que compte la République Démocratique du Congo.

 »Il existe un rapport des forces entre, d’un côté, nos quatre langues nationales de grande audience comme le lingala, le kikongo, le swahili et le tshiluba et, de l’autre, nos langues maternelles. Dans chaque village et dans chaque milieu ethnique il existe une langue et cette langue est aussi une langue nationale tout en étant en même temps une langue maternelle. Il n’y a pas question de privilégier seulement les quatre langues dites nationales », a-t-il déploré.

À l’écouter de très près toutes les langues maternelles de la République Démocratique du Congo doivent être institutionnalisées en langues nationales, au même titre que les quatre ci-haut évoquées.

 »Il y a de ces langues qu’on peut valoriser et qui peuvent transmettre à la fois l’expérience, le savoir, le savoir-être, le savoir-faire et le savoir vivre, bref la culture des milieux dans lesquels elles sont pratiquées », a-t-il relever, avant de révéler :

 »La vulgarisation d’une langue passe aussi par les inventions du peuple locuteur de la dite langue. Donc la RDC doit avoir des inventeurs. Il ne s’agit pas seulement des inventions scientifiques et technologiques. Il existe aussi des inventions littéraires, tant orales qu’écrites, telles que les contes, les proverbes, les nouvelles, le roman, la poésie, cas du kasala, le théâtre et autres ».

À part monsieur Charles, il y a eu d’autres exposés qui ont eux aussi milité en faveur
du balisage de quelques perspectives en vue à la fois de l’érection de nos langues comme piliers de notre identité culturelle ainsi que de leur
meilleure éclosion dans le futur.

 »Elles permettent de préserver l’oralité, les traditions, les imaginaires locaux tout en affirmant notre souveraineté culturelle face à l’hégémonie du français », quelqu’un a-t-il affirmé comme sous le voile de l’anonymat.

RYDDHEL NGOULOU BATALA A REPRÉSENTÉ LE CONGO DE L’AUTRE CÔTÉ DU FLEUVE

Ryddhel Ngoulou Batala est le représentant et co-fondateur de la communauté wikipedia en République du Congo, entendez : le Congo de l’autre côté du fleuve, officiellement invité par ses confrères de la RDC dans le cadre de la célébration de cette fête internationale de la langue maternelle.

 »Je suis ici pour célébrer la journée internationale de la langue maternelle et pour soutenir en même temps nos amis de Wikilinguila dans le contexte de la valorisation de nos langues maternelles qui ont l’air à l’heure actuelle d’être en voie de disparition, [du moins parmi les ‘tribus urbaines, qui contiennent en leur sein les représentants en villes de toutes les tribus africaines].
Nous sommes en train de lutter pour que nos langues puissent exister des générations en générations.
Voilà pourquoi nous sommes venus et c’est surtout en vue d’une mise en avant de la culture africaine », a-t-il fait savoir.

Reste à souligner que cette conférence, riche en perspectives autour de la très prochaine mise en place du wikipedia en langues nationales congolaises, s’est déroulée, en temps réel, au même moment que celles qui ont respectivement eu lieu à Mbuji-Mayi, à Goma et à Matadi, autour de la même thématique.

 »Ce que nous venons de faire, c’est renforcer le caractère assigné à cette journée internationale dédiée aux langues maternelles d’Afrique. Nous avons donc voulu valoriser nos langues locales et nous voulons que cela ne soit pas limité à une simple conférence et que, a contrario, cela donne également la possibilité à la population locale d’y contribuer », une conclusion signée Nixon Mukoko.

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