13 mars 2026

Posture d'Afrique

Toute l'actualité du continent africain qui vous concerne

Journée de la langue maternelle : La délégation Wallonie Bruxelles octroie le prix Sene Mongaba à deux lubaphones : Jacques Tshimankenda et Théo-Omer Ngoy

Par Saint-Germain Ebengo

La délégation Wallonie Bruxelles, par l’entremise de son directeur en charge de sa bibliothèque, Richard Ali, a décerné, samedi 21 avril, le prix Sene Mongaba à deux militants de la promotion de la langue luba, en l’occurrence : l’artiste musicien Jacques Tshimankenda et, à titre posthume, l’écrivain Théo-Omer Ngoy Lukangu.

La cérémonie a eu lieu dans un contexte marqué par la célébration de la journée internationale de la langue maternelle qui a coïncidé avec la 3è édition du Salon des Littératures en Langues Congolaises.

Le thème du dit salon, à savoir :  »Littérature congolaise moderne en langue luba », voilà ce qui a justifié l’octroi, par la délégation Wallonie Bruxelles, du prix ci-haut évoqué à ces deux lubaphones, vu leur excellence dans la vulgarisation de la dite langue, le premier pour son engagement musical via le folklore luba qu’il a réussi à mélanger de façon homogène avec le blues ; le second en raison de ses publications littéraires et, dans le cas d’espèce, son dictionnaire luba, publié à titre posthume, aux éditions Denny Legrand, grâce à l’implication de sa femme, à qui il a été remis ce prix en ses lieu et place, constitué, entre autres, d’un diplôme d’honneur et d’un trophée.

Jacques Ntshimankenda, Ntshimankenda Jackson pour les intimes, lors de l’interview qu’il nous a fait l’honneur de nous accorder, a parlé de cette occurrence comme étant le résultat des efforts de son père qui, dès leur prime enfance, peu importe kinois de naissance, les amenait de temps en temps, ses soeurs, frères et lui, dans le Kasaï profond en vue pour eux de s’imprégner des réalités et culture kassaïennes.

C’est là que, à l’en croire, il a découvert les  »diverses » variétés de la musique kassaïenne,, tels que le kasala, le  »kunyeka » et le  »kudenda », qu’il a révélés être les prémisses du blues qui a vu le jour aux États-Unis lors de la déportation des esclaves noirs.

Voilà ce qui justifie donc le sens de sa mise en place d’une musique, à savoir celle qui a fait de lui ce qu’il est aujourd’hui, le Folklu Blues.

Foi sur sa définition du concept, le Folklu Blues est un  »nouveau » vent musical qui associe dans un même mélange homogène des sons le folklore luba, la musique de ses ancêtres, et le blues américain.

Ce petit-fils du grand éditeur kassaïen du journal  »Ditunga dia Kasai », rappelez-vous-en, encourage les jeunes congolais à apprendre leurs langues  »natales », qu’il a soulignées être des langues à part entière au même titre que les langues européennes, et non de simples dialectes, comme le pensent quelques-uns.

 »Il faut en être fiers et les apprendre à vos enfants », a-t-il placé les points sur les  »i » avant de poursuivre le fil de son affirmation :

« Moi, kinois de naissance que je suis, j’ai eu la grâce d’avoir un père qui a pensé à m’amener dans son Kasai natal pour justement entrer en contact avec ma culture et c’est là que j’ai eu à passer toute ma scolarité de base. Aujourd’hui je suis celui qui apprend la culture luba aux autres à travers ma musique le folklu blues ».

 »N’ayez pas des complexes d’infériorité lorsque vous parlez vos langues et transmettez-les à vos enfants. À ce jour, grâce à tshiluba je parcours le monde entier. C’est le tshiluba qui m’a ouvert les portes du monde. Ta langue maternelle peut t’ouvrir les portes du monde jusqu’à te faire accéder dans des grands palais d’autres pays », parole de foi de Ntshimankinda Jackson.

 »J’ai beaucoup été encouragé par maman Tshala Mwana qui a mis à profit toute sa vie de musicienne à ne chanter qu’en tshiluba. Sa musique nous a servi de facteur inspirateur », a-t-il fait savoir.

 »Au kasai, j’ai découvert des griots chanter avec des instruments traditionnels qui n’avaient rien à avoir avec nos instruments que je connaissais à Kinshasa : le kasanji kamulundu qu’on appelle aujourd’hui la sanza, le madimba qu’on appelle marimba, ainsi que le ditumba, un tam-tam doté d’une précieuse sonorité », a-t-il relevé.

En plus d’être chanteur, Jacques Ntshimankenda, faut-il le mettre en exergue, est un ethno-musicologue indépendant qui a passé beaucoup de temps dans les recherches musicales et c’est ce qui l’a d’ailleurs aidé à découvrir que cette musique qui fut exploitée par les esclaves noirs américains qu’on appelle aujourd’hui les  »blues » tire ses origines en Afrique et précisément au centre de la République Démocratique du Congo, donc le Kasai, sans oublier les provinces du Grand Équateur, chez les Mongo par exemple, qui font aussi du blues.

 »J’ai donc compris que cette musique est partie avec la déportation des esclaves et c’est important de la ramener dans ses racines qui est le Congo », a-t-il préconisé.

Jacques Ntshimankenda, soit dit à titre de supplément d’information, enseigne le cours de tshiluba aux américains, aux français et aux belges.

Son co-récipiendaire, Théo-Omer Ngoy, mort en 2019, Paix à son âme, est, s’il ne faut parler de lui que sur le plan littéraire, a été de son vivant, président de l’Association des Communicateurs en Langues Nationales, doublé de membre actif de l’Union des Écrivains du Congo.

Il a laissé plusieurs autres ouvrages dont. trois kasala :  »Kasaï wa bulengela », publié en 1986,  »Zaïre ditunga dietu », en 1994,  »Bawulayi matshi, 1998.


 »Souvenirs lointains »(poésie),  »Coeur errant’ (roman) et  »Hymne à l’arbre », une poésie en 5 langues, font aussi partie de ses oeuvres.

Ces deux récipiendaires, faut-il les mettre en exergue, viennent de rejoindre Mamie Ilela sur le  »panthéon » des Prix Senemogaba, dont elle a été un lors de l’édition passée, pour son militantisme en faveur du Lingala, langue de la  »solidarité équatoriale ».

Plusieurs têtes couronnées de la communauté luba, ainsi que celles d’autres tribus de la RDC ont rehaussé de leurs présences cette haute fête des langues congolaises. Nous avons aperçu parmi eux : le professeur Bertin Makolo de la Faculté des Lettres de l’Université de Kinshasa, qui a réussi à ressusciter les poèmes luba parus dans une ancienne revue de l’époque coloniale belge ; le Chef des Travaux José Kabal de l’I.S.P./Gombe, qui a présenté son nouvel ouvrage en tshiluba, intitulé : Dimwe ndituku ; André Shamba, journaliste  »honoraire » de la Radio Okapi,.avec sur la table de speakage, sa traduction en tshiluba de  »Le petit prince » d’Antoine de Saint-Exupery, sans oublier l’Inspecteur Boniface Beya Ngindu, qui n’a pas manqué, en sa qualité de pédagogue,, à placer un mot, somme toute mérité, sur la littérature congolaise en langues nationales et, dans le cas d’espèce, le tshiluba…

Bienvenu Sene Mongaba, immortalisé à travers ce prix annuel, est un écrivain congolais qui a réussi à publier, durant toute sa vie littéraire, plusieurs ouvrages en lingala, en plus d’un dictionnaire en six langues : français, anglais, lingala, kikongo, swahili, tshiluba, y compris un tableau périodique en lingala.Il est mort en Belgique, le 31 janvier 2022.

About Author