24 mai 2026

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KBM 2026: pour éradiquer les deficits énergétique en RDC, l’ARE innove et propose la création d’un Cadastre Energétique

Face au déficit énergétique chronique qui freine le développement industriel et minier de la République Démocratique du Congo, la Directrice Générale de l’Autorité de Régulation du secteur de l’Électricité (ARE), Soraya Aziz Moto, a détaillé la stratégie de son institution pour attirer les investisseurs privés et accélérer le développement énergétique du pays.Elle s’exprimait au cours du Forum KBM 2026, organisé du 20 au 22 mai 2026 à Kolwezi, dans la province du Lualaba, un rendez-vous consacré aux enjeux miniers, énergétiques et économiques de la RDC.

Au cours de son intervention, elle a expliqué que les investisseurs privés ont avant tout besoin de garanties économiques avant de s’engager dans des projets de production d’électricité.

« Si on lui dit que c’est uniquement pour la population, alors qu’on sait que celle-ci n’a pas toujours les moyens de payer, l’investisseur privé sera naturellement très frileux », a déclaré Soraya Aziz Moto.

Selon la Directrice générale de l’ARE, la solution réside notamment dans la signature de contrats d’achat d’électricité, communément appelés Power Purchase Agreements (PPA), conclus avec de grands consommateurs, en particulier les entreprises minières.

« Si on lui propose un PPA, c’est-à-dire un accord d’achat signé avec un gros consommateur, comme une ou plusieurs entreprises minières, cela permet à l’opérateur de sécuriser ses coûts et de venir investir en sachant qu’il existe désormais une demande solvable », a-t-elle expliqué.

L’ARE, médiatrice entre consommateurs et opérateurs

Au-delà de la régulation économique, l’ARE joue également un rôle de médiation entre les différents acteurs du secteur énergétique.

L’institution intervient aussi bien dans les litiges entre consommateurs et opérateurs que dans les différends opposant les opérateurs eux-mêmes.

« La protection des consommateurs fait partie de nos missions essentielles. Mais nous jouons également un rôle d’arbitre lorsqu’il y a des conflits entre opérateurs », a souligné Soraya Aziz Moto.

Pour remplir cette mission, l’ARE s’appuie sur plusieurs textes juridiques, notamment la loi sur l’électricité de 2014, ses mesures d’application ainsi que la loi révisée de 2025. L’institution dispose également d’officiers de police judiciaire assermentés et de techniciens présents dans plusieurs provinces pour recevoir les plaintes et produire des avis techniques.

Un cadastre énergétique pour attirer les investisseurs

Parmi les innovations annoncées figure la création d’un cadastre énergétique national, inspiré du modèle du cadastre minier. Cet outil numérique permettra de centraliser les données sur les infrastructures, les licences et les capacités énergétiques disponibles à travers le pays.

« C’est exactement ce que nous voulons mettre en place avec le cadastre énergétique : rassembler toutes les études existantes, toutes les données relatives à l’offre et à la demande d’énergie, puis les intégrer dans une carte interactive », a indiqué la Directrice générale de l’ARE.

Cette plateforme servira également d’interface directe entre l’ARE et les investisseurs. Les opérateurs pourront y introduire leurs demandes de licences, téléverser leurs études techniques et suivre le traitement administratif de leurs dossiers en ligne.

L’interconnexion régionale comme réponse au déficit énergétique

L’ARE soutient également le développement des interconnexions électriques régionales afin de réduire rapidement le déficit énergétique, particulièrement dans les zones minières du Grand Katanga.

Selon Soraya Aziz Moto, les connexions avec la Zambie, l’Angola et le corridor de Lobito permettront non seulement de renforcer l’approvisionnement des industries minières, mais aussi de stabiliser le réseau national grâce aux échanges d’électricité entre pays voisins.

« Aujourd’hui, nous vivons dans un monde totalement interconnecté. Nous ne pouvons plus continuer à fonctionner en silo », a-t-elle affirmé.

À long terme, la RDC ambitionne même de devenir exportatrice d’électricité dans la sous-région grâce à son immense potentiel énergétique.

Blandine Bampala Katanga et Édouard Funda

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