Le Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo dresse un constat préoccupant sur la mise en œuvre de l’Accord de Washington et des autres initiatives diplomatiques destinées à mettre fin à la crise sécuritaire dans l’est du pays. Dans son rapport transmis au président du Conseil de sécurité, les experts estiment que les engagements pris par les différentes parties sont restés largement inappliqués, tandis que les affrontements se sont intensifiés sur le terrain.
Selon ce document, les initiatives menées dans le cadre des processus de Washington et de Doha ont enregistré des avancées limitées, les cessez-le-feu successifs ayant été violés par les belligérants. Les experts soulignent également que les dispositions de la résolution 2773 (2025) du Conseil de sécurité sont demeurées sans effet concret.
Le rapport indique qu’à partir de janvier 2026, le conflit a connu une nouvelle escalade, marquée notamment par un recours accru aux drones. Les experts attribuent à l’AFC/M23 et aux Forces de défense rwandaises (RDF) des frappes visant notamment l’aéroport stratégique de Bangoka, à Kisangani, utilisé comme plateforme logistique des FARDC. De leur côté, les FARDC auraient également mené des frappes de drones contre des positions adverses, des axes stratégiques et des sites liés à des activités économiques illicites dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Le document rappelle que le plan convenu entre les parties prévoyait notamment le retrait des RDF des zones identifiées dans l’est de la RDC, des opérations des FARDC contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), des restrictions sur les frappes de drones ainsi que des mesures de protection des populations civiles. Il prévoyait également le retrait du personnel et des équipements des RDF et de l’AFC/M23, ainsi que l’engagement de Kigali à faire pression sur l’AFC/M23 pour mettre fin aux attaques contre les positions des FARDC.
D’après les experts, les mouvements observés à partir du 23 mars 2026 ne correspondent toutefois pas aux engagements pris. Les retraits des RDF et de l’AFC/M23 se seraient limités à un repositionnement de 15 à 20 kilomètres, tandis que des équipements militaires sophistiqués, notamment des systèmes de brouillage, d’artillerie lourde et de défense aérienne, auraient été redéployés vers d’autres secteurs stratégiques, notamment sur l’axe Masisi-Walikale.
Au moment de la rédaction du rapport, les RDF et l’AFC/M23 contrôlaient toujours la majorité des localités concernées par le retrait prévu. Les combats se poursuivaient notamment entre Pinga, Walikale et Masisi, opposant les RDF et l’AFC/M23 aux FARDC, aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP/Wazalendo) ainsi qu’aux FDLR.
Les experts indiquent par ailleurs qu’aucun retrait des forces rwandaises ou de l’AFC/M23 n’a été constaté au Sud-Kivu. Au contraire, des renforts militaires en provenance du Rwanda, accompagnés d’armements sophistiqués et de systèmes portables de défense aérienne, auraient été déployés dans cette province au cours du mois d’avril. Des frappes de drones attribuées aux RDF auraient également visé des positions des FARDC entre le 10 et le 19 avril 2026.
Le rapport affirme également que, selon des sources proches des autorités rwandaises et de l’AFC/M23, ainsi que des déclarations publiques du président rwandais Paul Kagame, Kigali n’aurait pas l’intention de retirer ses forces du territoire congolais. Les experts rapportent que le Rwanda se déclarerait prêt à poursuivre, voire à intensifier les hostilités en l’absence d’une issue favorable par le dialogue. De leur côté, les responsables de l’AFC/M23 soutiennent qu’aucun retrait n’est en cours, qualifiant les mouvements observés de simples rotations de troupes.
S’agissant des engagements de Kinshasa, le Groupe d’experts relève que, malgré l’annonce par les FARDC, le 29 mars 2026, d’une opération destinée à neutraliser les FDLR dans la zone de Pinga-Walikale, aucune offensive n’avait été menée contre ce groupe armé au moment de la rédaction du rapport.
Les experts ajoutent que les FDLR continuaient de combattre aux côtés des forces opposées à l’AFC/M23 et aux RDF dans les territoires de Masisi et Walikale. Ils rapportent également que des sources au sein des FDLR ont affirmé avoir reçu des assurances de certains officiers des FARDC selon lesquelles elles ne seraient pas prises pour cible.
Présentant récemment son évaluation devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le conseiller principal des États-Unis pour les affaires africaines, Massad Fares Boulos, a lui aussi estimé que ni Kinshasa ni Kigali n’avaient respecté les engagements souscrits dans le cadre de l’Accord de Washington. Il a exhorté les deux gouvernements à passer de la phase des engagements à celle de leur mise en œuvre effective, estimant que les justifications ne sont désormais plus acceptables.
Edouard Funda

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