À Bamako, les autorités maliennes misent sur l’intelligence artificielle (IA) pour renforcer la cybersécurité face à des attaques informatiques de plus en plus sophistiquées. La quatrième édition des Journées nationales de cybersécurité, organisée du 27 au 30 octobre 2026, met en lumière les opportunités et les risques liés à ces nouvelles technologies, devenues un enjeu majeur de sécurité numérique.
La lutte contre la cybercriminalité entre dans une nouvelle phase au Mali. Face à la multiplication des fraudes en ligne, des usurpations d’identité et des attaques visant les systèmes informatiques, les autorités entendent adapter leurs stratégies aux mutations technologiques. Au cœur de cette démarche : l’intelligence artificielle, qui représente à la fois un outil de défense et un puissant levier pour les cybercriminels.
C’est dans ce contexte que se tient, du 27 au 30 octobre à Bamako, la quatrième édition des Journées nationales de cybersécurité (JNC), autour du thème : « L’intelligence artificielle et le cyberespace : nouveaux défis pour la cybersécurité ».
Organisée par l’Autorité malienne de régulation des télécommunications, des technologies de l’information et de la communication et des postes (AMRTP), cette rencontre rassemble des représentants des institutions publiques, des professionnels du numérique, des chercheurs et des étudiants. L’objectif est de renforcer la réflexion sur les moyens de prévenir les cyberattaques et de mieux protéger les infrastructures numériques du pays.
L’essor de l’intelligence artificielle générative et des systèmes d’apprentissage automatique modifie profondément les méthodes employées par les cybercriminels. À l’ouverture des travaux, le président de l’AMRTP, Saïdou Pona Sankaré, a souligné la capacité de ces technologies à automatiser les attaques, à les personnaliser et à accélérer leur déploiement.
Concrètement, l’IA permet de produire des messages frauduleux plus crédibles, d’imiter des interlocuteurs de confiance et de multiplier les tentatives d’escroquerie à grande échelle. Elle facilite également la création de contenus trompeurs susceptibles d’induire en erreur les particuliers, les entreprises et les administrations.
Les chiffres disponibles témoignent de l’ampleur du défi. En 2025, le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité du Mali a enregistré 1 338 dossiers, dont 1 130 plaintes et 208 auto-saisines. Les affaires recensées concernent notamment les fraudes en ligne, les usurpations d’identité, les escroqueries liées aux moyens de paiement et les atteintes aux systèmes informatiques.
Toutefois, les données publiées ne permettent pas de déterminer précisément la proportion de ces infractions dans lesquelles l’intelligence artificielle a été utilisée.
Au-delà du Mali, la menace prend une dimension continentale. Dans son rapport 2026 sur l’évaluation des cybermenaces en Afrique, publié le 3 août, INTERPOL estime que l’intelligence artificielle intervient dans 55 % des cyberinfractions signalées dans les 36 pays membres couverts par son enquête.
L’organisation internationale met notamment en évidence l’utilisation de ces technologies pour perfectionner les campagnes d’hameçonnage, automatiser les messages frauduleux et fabriquer de fausses identités numériques. Ces pratiques rendent les tentatives d’escroquerie plus difficiles à distinguer des communications légitimes.
Les hypertrucages, également appelés deepfakes, constituent une autre source de préoccupation. Grâce à l’IA, des criminels peuvent fabriquer des images et des vidéos trompeuses ou reproduire artificiellement des voix afin d’usurper l’identité d’une personne, de manipuler leurs victimes ou de les soumettre à des tentatives de chantage.
Certaines techniques combinent par ailleurs des données personnelles authentiques avec des éléments artificiels pour créer des identités frauduleuses. Ces procédés peuvent notamment viser les dispositifs de vérification d’identité utilisés par les établissements financiers et les opérateurs de télécommunications.
Si elle accroît les capacités des cybercriminels, l’intelligence artificielle offre également de nouvelles perspectives aux services chargés de protéger les réseaux et de conduire les enquêtes numériques.
Pour l’AMRTP, son utilisation peut contribuer à détecter les anomalies, à identifier les comportements suspects et à anticiper certaines attaques informatiques.
Les outils d’apprentissage automatique sont capables d’analyser d’importants volumes de données afin de repérer des activités inhabituelles et de signaler rapidement d’éventuelles intrusions.
Cette capacité d’analyse peut permettre aux équipes de cybersécurité de réagir plus rapidement, notamment lorsque les attaques se multiplient simultanément sur plusieurs systèmes.
De son côté, INTERPOL recommande de renforcer le recours à l’intelligence artificielle pour repérer les campagnes d’hameçonnage, surveiller les réseaux et faciliter l’exploitation des preuves numériques dans le cadre des enquêtes.
L’organisation préconise également de développer les capacités nationales et régionales d’analyse des données afin d’améliorer le suivi des tendances criminelles et la détection des menaces en temps réel.
Pour le Mali, l’enjeu consiste donc à faire de l’IA un instrument opérationnel de prévention et de réponse aux cyberattaques, tout en adaptant les compétences des enquêteurs et les moyens techniques des services concernés.
Cette ambition suppose cependant des investissements dans les infrastructures numériques, la formation spécialisée et les équipements nécessaires à la surveillance des systèmes informatiques. Elle implique également une meilleure coordination entre les institutions publiques, les opérateurs de télécommunications, les entreprises privées et les services d’investigation.
L’intégration de l’intelligence artificielle dans les dispositifs de cybersécurité ne saurait toutefois constituer une solution automatique à toutes les menaces.
Dans son rapport 2025, INTERPOL indiquait que 86 % des agences interrogées n’avaient pas encore intégré l’IA dans leurs opérations de maintien de l’ordre. Ce constat souligne les difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux services, notamment en matière de compétences, de ressources techniques et d’adaptation aux nouveaux outils.
Les systèmes automatisés peuvent produire des alertes erronées, mal interpréter certaines activités ou passer à côté de menaces inédites. Une intervention humaine demeure donc nécessaire pour vérifier les résultats, apprécier les risques et déterminer les mesures appropriées.
Pour les autorités maliennes, la modernisation de la cybersécurité devra ainsi reposer sur une combinaison de technologies performantes, de personnel qualifié et de mécanismes de contrôle adaptés. La protection des données personnelles, la fiabilité des systèmes utilisés et la maîtrise des risques liés aux algorithmes constituent également des dimensions essentielles de cette transformation.
La quatrième édition des Journées nationales de cybersécurité intervient alors que Bamako cherche à renforcer son dispositif national de protection du cyberespace. Au-delà des échanges techniques, cette rencontre pose une question stratégique : comment tirer parti de l’intelligence artificielle pour protéger les citoyens, les administrations et les entreprises, sans laisser ces mêmes technologies devenir des instruments supplémentaires de criminalité ?
Pour le Mali, le défi ne consiste plus seulement à combattre les cyberattaques existantes, mais aussi à anticiper celles que les nouvelles technologies rendent possibles. Dans cette bataille numérique, l’intelligence artificielle pourrait devenir un atout décisif, à condition d’être accompagnée de compétences humaines solides, de moyens adaptés et d’une stratégie nationale cohérente.
Posture d’Afrique Magazine

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