Dix-huit ans à la tête de l’État, une passation du pouvoir en 2019 saluée comme un moment important, et aujourd’hui une posture de confrontation. Dans cette tribune, Maître David Mbungu interroge l’ancien président : l’amour du Congo peut-il justifier la prise des armes ? Pour l’auteur, un bilan se défend par des résultats et non par la violence. Il rappelle qu’aucune rivalité politique ne doit faire payer à la population, déjà éprouvée dans l’Est, le prix d’un nouveau conflit, ni mettre en péril l’unité nationale.
Ci-dessous, l’intégralité de la tribune
La République démocratique du Congo n’est la propriété d’aucun individu. Elle appartient à ses citoyens, qui aspirent à la paix, à la dignité et à la stabilité. C’est au nom de cet intérêt supérieur que la posture politique de Joseph Kabila mérite d’être interrogée.
Dix-huit ans au pouvoir : qu’a-t-il appris ?
En 2001, dans un contexte national particulièrement difficile, Joseph Kabila accède à la magistrature suprême. La RDC lui offre alors l’occasion d’apprendre, de gouverner et de faire ses preuves. Pendant dix-huit années, il exerce les plus hautes responsabilités de l’État. Après une si longue expérience, une question demeure : pourquoi privilégier aujourd’hui la confrontation plutôt que la recherche d’une issue politique pacifique ?
La passion pour le Congo justifie-t-elle la prise des armes ?
Lorsqu’un dirigeant affirme avoir la passion du Congo, cette passion doit se mesurer à ses choix lorsque les ambitions politiques entrent en conflit avec la paix collective. L’amour de la patrie doit-il se traduire par la prise des armes et par le risque d’exposer davantage la population à la violence ? Le patriotisme ne devrait-il pas se manifester d’abord par la préservation de la vie des citoyens, de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale ?
De la passation pacifique du pouvoir à la logique du chaos
La passation du pouvoir en 2019 a marqué un moment important de l’histoire politique récente du pays, même si le processus électoral a fait l’objet de controverses. Elle a rappelé un principe essentiel : le pouvoir n’est pas une propriété personnelle, mais une responsabilité temporaire exercée dans le cadre des institutions. La démocratie ne peut être célébrée lorsqu’elle permet d’accéder au pouvoir puis rejetée lorsqu’elle impose de le quitter.
Le Congo doit-il payer le prix des rivalités politiques ?
La RDC a déjà payé un lourd tribut aux conflits armés. Les populations, notamment dans l’Est du pays, connaissent depuis trop longtemps les déplacements forcés, les pertes humaines et l’incertitude. Toute stratégie susceptible d’alimenter une nouvelle confrontation doit donc être examinée à la lumière de ses conséquences sur les citoyens et sur l’intégrité territoriale. Le risque de fragmentation nationale est une préoccupation grave qui exige des faits établis et des réponses responsables.
Un bilan se défend par des résultats, non par la confrontation
Si Joseph Kabila estime avoir mieux gouverné que le pouvoir actuel, il peut défendre son bilan, présenter des données vérifiables et confronter ses idées à celles de ses adversaires. La critique du pouvoir en place est légitime dans une démocratie. Mais elle ne dispense aucun ancien dirigeant d’assumer son propre héritage politique. L’expérience acquise au sommet de l’État devrait nourrir le débat public et contribuer à éviter la répétition des erreurs du passé.
La Nation au-dessus des ambitions personnelles
Le Congo a besoin d’institutions fortes, d’un débat politique ouvert et d’alternatives crédibles. Il n’a pas besoin que les rivalités entre dirigeants deviennent une épreuve supplémentaire imposée à la population. Aucun désaccord politique ne devrait conduire à banaliser les conséquences d’un conflit armé ou à mettre en péril l’unité nationale.
Le pouvoir passe, mais le Congo doit demeurer.
Aimer le Congo, c’est accepter que la République soit plus grande que soi. C’est comprendre que la paix vaut davantage qu’une revanche politique et que la dignité d’un peuple ne doit jamais servir de monnaie d’échange dans la conquête du pouvoir.
Me Mbungu Kianga David, Avocat et Conseiller au Programme d’action Mondiale de la Jeunesse.

More Stories
RDC : Vital Kamerhe appelle Joseph Kabila à privilégier le dialogue plutôt que la lutte armée
RDC : Le CNSA appelle Félix Tshisekedi et Joseph Kabila à un rapprochement pour préserver l’unité nationale
RDC : Joseph Kabila met en garde contre toute confiance aveugle dans l’accord minier avec Washington