Grossesses scolaires : le prof Félix Momat interpelle l’État congolais et propose 4 piliers fondamentaux pour sensibiliser les élèves (Tribune)

Autoriser le maintien des élèves en classe est une obligation légale et morale, qui découle directement des engagements internationaux de la RDC en matière de Droits de Santé Sexuelle et Reproductive ( DSSR), et s’aligne sur les standards établis par l’UNESCO , l’UNICEF, l’OMS et l’ONU Femme. Refuser le droit, c’est violer les Objectifs de Développement Durable ( ODD) , notamment l’ODD4( accès équitable à une éducation de qualité) et l’ODD 5( égalité des sexes) que le pays a officiellement adoptés. Mais une décision politique n’a de valeur que si elle se traduit en actes concrets. Or, en ce jour , rien ne laisse penser que cette annonce échappera au sort réservé à tant d’engagements proclamés, jamais appliqués.

Exclure une fille enceinte, c’est la punir deux fois : d’abord pour une grossesse souvent survenue dans des conditions de vulnérabilité, de contrainte ou de violence ; ensuite, en l’expulsant du seul espace susceptible de lui offrir un avenir : l’école.

Cette double peine institutionnalisée alimente le repli, le silence, l’abandon scolaire et pousse, dans l’ombre, vers l’avortement clandestin. Les proclamations à coups de circulaires, sans système d’accompagnement rigoureux ni mesures concrètes de soutien, de prévention et de réparation, exposent les filles et trahissent les engagements nationaux comme internationaux. Garantir la réintégration scolaire ne revient pas à encourager l’irresponsabilité : c’est reconnaître que l’éducation est un levier fondamental pour briser les cycles de précarité, d’inégalités et d’exclusion. C’est refuser que des erreurs ou pire, des violences subies deviennent des chaînes qui condamnent à l’abandon, au silence ou à la marginalisation.

Mais pour que cette décision produise des effets réels et durables, elle ne peut rester isolée. Elle doit s’inscrire dans une stratégie cohérente d’accompagnement, articulée autour de quatre piliers fondamentaux : une éducation sexuelle complète, accessible et culturellement adaptée ; une prise en charge psychosociale soutenue pour les élèves concernées ; des sanctions claires et systématiques contre les auteurs de grossesses en milieu scolaire ; et enfin, une sensibilisation communautaire intense, capable de transformer durablement les mentalités et de faire reculer la stigmatisation.

L’urgence n’est plus aux annonces. Elle est à l’action. Il faut changer les structures, protéger les victimes, encadrer les enseignants, mobiliser les familles et les communautés, et débloquer les moyens nécessaires. Faute de quoi, cette politique produira l’effet inverse : marginalisation renforcée, déscolarisation accrue, et banalisation de la violence sexuelle.

L’État ne peut plus fuir. Il doit choisir : assumer ou abandonner. Mais il ne pourra pas dire qu’il ne savait pas !

Professeur Félix Momat Kitenge, Gynécologue- obstétricien, Spécialiste en Droits de Santé Sexuelle et Reproductive

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