Wallonie Bruxelles/Fin des activités de la 9é rentrée littéraire : Bernadine Sikwaya du Nord-Kivu nous laisse le portrait des femmes paysannes congolaises

Par
Saint-Germain Ebengo /S.L.

La soirée du samedi 20 septembre a marqué, à la Délégation Wallonie Bruxelles de Kinshasa, la fin de trois jours d’intenses activités de la 9è rentrée littéraire en République Démocratique du Congo; c’était avec, pour tout clôturer, soit dit en passant, la remise des récompenses aux dix heureux lauréats du Prix Litteraire Zamenga.

L’écrivaine nord-kivucienne, Bernardine Sikwaya, autrement appelée Bernis, a été parmi la trentaine d’auteurs qui ont pris part à ce grand rendez-vous littéraire annuel.

Dans son livre de 151 pages étalées sur 7 principaux chapitres, le tout sous le titre ”Portrait des paysannes congolaises”, Bernardine Sikwaya met en évidence le pouvoir caché des héroïnes des champs.

Pour elle, chaque acte que pose une femme de champs laisse sur le sol une trace et une empreinte qui ne peuvent toujours se dire, mais plutôt se ressentir.

C’est le cas de ce qu’elle raconte dans l’une de ses histoires renfermées dans cet ouvrage qui met en littérature un petit gosse du nom de kito.
Kito, à l’en croire, est un enfant curieux qui, dans sa quête de la compréhension, a réussi à découvrir une vérité somme toute essentielle. Il s’agit de l’origine du bonheur qu’il a trouvé résidant dans les choses les plus simples, allusion faite ici au travail des champs, un peu comme à la manière, rappelez-vous-en, de celui que le laboureur de La Fontaine a légué à ses enfants.

Voici ci-dessous, comme de la fourche à la fourchette, ce que nous avons lu pour vous à la page 13 de ce joli roman :

”À Goma, une grande ville de la République Démocratique du Congo, kito, 10 ans, s’approche de sa mère alors qu’elle posait une assiette de fufu fumante sur la table. “Maman, d’où vient les aliments que nous mangeons”, se demande-t-il avec un regard fixe et curieux sur l’assiette. Sa mère sourit et repondit ”de la terre, mon garçon, de la terre.

Ce sont les agriculteurs qui travaillent dur dans les villages, tous les jours pour produire tout cela”. Non satisfait, il insista :

“mais je vais savoir comment cela est arrivé jusqu’ici”.


Quelques semaines plus tard, Kito se retrouve en vacances dans le village de ses grands-parents, à la campagne. Kito était ravi. À son arrivée il fut chaleureusement accueilli par sa grand-mère Amina, une femme très énergique, malgré les rides… Le lendemain à l’aube Amina l’amène dans le champs : voilà où tout commence, en lui montrant une vaste étendue de maïs et de manioc. Kito se met à observer sa grand mère et d’autres femmes en train de travailler sous l’ardeur d’un soleil brûlant, avec précision et soin”.

Dans ce roman dans lequel elle porte la voix des paysannes de sa province natale, la jeune auteure, agronome de surcroît, est en train de vanter à juste titre et à juste raison l’importance capitale qu’a la culture du champ dans la province coltanifère du Nord-Kivu.

”Mais, il n y’a pas que cultiver. Il y a aussi l’intervention d’autres domaines, cas au plus haut point des infrastructures routières. Je fais allusion à cet effet aux routes de desserte agricole dont la quasi-absence dans le Nord-Kivu est à la base de nos limites”, a-t-elle souligné durant la brève interview qu’elle nous a fait l’honneur de nous accorder.

À ces difficultés d’ordre routier, madame Bernardine ajoute la question de la nécessité que soit modernisée l’agriculture dans nos milieux ruraux.

”La femme que j’ai rencontrée et dont je suis en train de raconter ici l’histoire vit jusqu’ici de la houe et de la machette en ce plein 21è siècle”, a-t-elle déploré avant de s’adresser aux étudiants congolais du département des Techniques Appliquées :

“Ce livre interpelle aussi nos ingénieurs qui sortent de nos instituts supérieurs des techniques appliquées, afin qu’ils songent, à leur sortie de l’école, aux inventions des machines agricoles pour nous aider à nous débarrasser de cette lourde tâche qui nous accable au quotidien”.

Pour écrire ce beau portrait, Bernardine Sikwaya, faut-il le souligner, a dû passer de villages en villages dans tout le nord kivu.

”J’ai voulu rendre hommage aux femmes qui nous nourrissent au quotidien, parler de leur vie et la mettre en lumière, en plus de montrer à ceux qui vont le lire tout ce qui se passe dans le monde des champs où j’ai réussi à étudier leurs défis, leurs résiliences et leurs contributions dans la société”, a-t-elle éclairci.

”Portrait des paysannes congolaises” est un livre basé à la fois sur la narration et la description sur base de propres témoignages de ces femmes paysannes dont il est question dans le rouleau de ses pages.
Pour le dire mieux, il est le fruit d’un équilibre entre l’expérience personnelle, vécue par l’auteure, en sa qualité d’agronome de formation, et sa fiction en tant que femme des lettres.

”Je suis en train en tant qu’autrice de projeter leur vie dans l’avenir.
Je parle surtout des problèmes qu’elles rencontrent dans leur vie en tant que femmes de champs. Il y a aussi de la poésie dans le sens de leur rendre hommage”, a-t-elle relevé.

Quant à la part de l’ouvrage au regard du thème de la rentrée à laquelle elle a pris part, à savoir : ”Voix de femmes, Échos de résilience, Quand la littérature bâtit la paix”, Sikwaya ”Kahindo” la situe au niveau où elle parle de leur force de résilience”

”La voix de la paysanne du Nord-Kivu est une voix silencieuse que j’ai mise en lumière. Une fois entendue au travers de *froufrous* de cet ouvrage, c’est déjà une part de solution pour la paix”, a-t-elle fait savoir, avant de tirer les choses au clair :

“Nul ne peut résoudre une difficulté qu’il ignore”.

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